Mieux apprendre, et plus facilement, un rêve impossible ?
1. Un potentiel inconnu
On sait depuis longtemps que le cerveau humain peut beaucoup plus que ce que l’on croit et, bien sûr, nous ne savons pas ce que serait un cerveau humain fonctionnant à plein rendement.
Ce qu’on sait moins, c’est comment on peut un tant soit peu gagner du terrain sur ce potentiel inexploité.
Sur un plan très pragmatique, on peut se demander s’il nous serait possible d’apprendre plus facilement plus de choses faisant déjà partie du bagage de connaissances de l’humanité.
Or, de plus en plus de découvertes menées en psychopédagogie, en neuro-psychologie et en psychologie cognitive nous tendent quelques pistes. Si celles-ci restent le plus souvent fort théoriques, des praticiens de l’apprentissage ont pu élaborer certains savoir-faire, encore trop peu connus, hélas ! Et peu mis à la portée de tout un chacun, comme cela pourrait ce faire dans le cadre scolaire, par exemple.
2. Difficultés d’apprentissage et méthode Athanor
Personnellement, je me suis fortement intéressée aux enfants en difficulté d’apprentissage.
Et, petit-à-petit, à travers l’expérience et une perpétuelle quête de nouveautés en la matière, s’est élaborée ma propre sauce méthodologique que j’ai baptisée du nom symbolique de «Athanor» (l’athanor est le creuset dans lequel l’alchimiste travaille afin de transformer, notamment, le plomb en or…et oui, ma méthode ne vise rien moins qu’à transformer notre plomb humain en or ! peu modeste, n’est-ce pas ?). Son originalité tient uniquement au fait qu’elle puise dans plusieurs des savoir-faire introduits plus haut.
Le processus, simple et logique, a déjà permis à un certain nombre d’enfants en difficulté d’apprentissage de dépasser une bonne part de ces difficultés.
Mieux encore : quelques instituteurs que j’ai contribué à former, ont pu faciliter les apprentissages de l’ensemble de leurs élèves, avant même que d’aucun puissent manifester des difficultés, ce qui constitue une fameuse économie de souffrances, d’énergie, et d’argent.
Et bien entendu, il n’est jamais trop tard et les adultes aussi peuvent bénéficier de ce type d’approche. Et ce, soit pour augmenter leurs propres capacités d’apprentissage, soit pour se préparer à faire profiter d’autres personnes de la méthode.
3. Ingrédients
Il ne s’agit donc pas d’une « invention » à proprement parler mais plutôt d’un puzzle d’éléments interactifs qui déclenchent une dynamique d’évolution.
Les ingrédients dont est composée cette « sauce » sont puisés parmi des méthodes, pour la plupart « à cheval » sur le psychologique et le pédagogique, telles que la Programmation Neuro-Linguistique (PNL), la gestion mentale, la kinésiologie (le Brain gym, en particulier), la suggestopédie, l’audio-psycho-phonologie (méthode Tomatis), la pédagogie Steiner, voire même l’hippothérapie…. Le tout supporté par une approche de la psychologie des profondeurs.
4. Mise en place d’un cercle vertueux
J’essaie, de chacune de ces méthodes, de tirer des éléments pertinents qui permettront aux enfants de se voir progresser rapidement afin de briser le cercle vicieux « échec – découragement - échec » dans lequel tant d’enfants s’enlisent.
Petit-à-petit, à travers des exercices peu scolaires –au sens classique du terme- ils vont découvrir comment tirer un meilleur parti de leurs potentialités et se percevront plus « intelligents » qu’ils ne le pensaient. Ils observeront aussi que ce n’est pas toujours en s’accrochant de manière systématique et intensive aux manières traditionnelles d’étudier qu’ils obtiennent les meilleurs résultats. Souvent, au contraire, en opérant de manière beaucoup plus décontractée et ludique, les résultats sont nettement plus probants. Plus d’un enfant se retrouve charmé de cette découverte, ce qui ne manque pas de l’encourager dans ce qui devient une voie de –relative- facilité.
5. Fils conducteurs
Ils peuvent être multiples selon l’angle de vue et la logique adoptés.
J’en choisi deux qui me parlent en tant que structures et supports de réflexion stratégiques et que, dans ma vision comme dans ma pratique, j’entrecroise en permanence.
5.1. Vers une utilisation optimale de nos cinq cerveaux !
Cinq cerveaux ! En voilà des ressources ! Pourriez-vous vous dire. Et en effet…
S’il s’agit-là d’une manière de parler des différentes composantes de notre cerveau, cette manière est basée sur une réalité à la fois phylogénétique et physiologique, même si on est loin de tout connaître à ce propos : au fil de l’évolution du règne animal, de nouvelles zones sont apparues dans le cerveau, lui apportant de nouvelles ressources. Il s’agit en réalité de trois cerveaux dont deux sont composées de deux parties chacun.
Le premier cerveau, chronologiquement, est, chez tous les descendants des reptiles, le cerveau reptilien.
Celui-ci, qui a permis aux espèces de rester en vie à travers toutes les difficultés et menaces rencontrées, est d’une grande importance pour la survie des individus et des espèces puisque c’est lui qui nous pousse à fuir ou à nous battre en cas de danger. Il joue donc un rôle fondamental dans notre vie, mais pas pour nos apprentissages !
En effet, il est régi par une mémoire génétique qui remonte à la nuit des temps et ses connaissances sont donc innées et en aucun cas acquises. Il est incapable d’apprentissage.
Lorsque l’individu croit –à tort ou à raison- être en danger, il a peur. Dans ce cas, le cerveau reptilien prend les rênes et met en place une stratégie de fuite ou de combat.
Il va sans dire que si un enfant a peur parce que l’instituteur crie, par exemple, le cerveau réagit comme s’il était en réel danger. En effet, le cerveau reptilien n’est pas capable d’analyser le contexte afin d’opérer une distinction entre un danger réel et un danger imaginaire. Obéissant alors aux vieilles lois de la survie, il prend les rênes de l’ensemble du cerveau afin d’organiser la fuite ou le combat de l’individu.
Lorsque l’individu est un enfant assis dans la classe, sa manière de fuir peut être de rêver à autre chose qu’aux activités d’apprentissage en cours, par exemple. Sa manière de combattre peut se traduire en une opposition systématique au professeur, par exemple. Mais en tout cas pas en une attitude propice aux apprentissages puisque c’est le cerveau reptilien qui a pris le dessus, qu’il est incapable d’apprendre et qu’il met en panne les autres cerveaux.
On peut déjà conclure l’importance d’aider un enfant à se sentir en confiance par rapport à tout ce qui concerne ses apprentissages.
Le deuxième cerveau est le cerveau limbique qui s’ajoute au cerveau reptilien chez toutes les espèces qui ont évolué à partir des reptiles. Il est particulièrement développé chez les mammifères.
Ce cerveau est responsable des émotions et des affects. Il est capable de mémoire et d’apprentissage.
Il se compose de deux hémisphères qui oeuvrent en complémentarité : le gauche, plus analytique (on l’appelle parfois le « stratège ») et le droit plus globalisant. Ce dernier est particulièrement sensible aux structures rythmiques et mélodiques, par exemple et va permettre, notamment, de mémoriser de la musique, des chants, des poèmes, etc… Mais aussi des images à structures rythmiques.
On entrevoit déjà comment l’attention portée à ce cerveau limbique et à la complémentarité de ses deux hémisphères peut favoriser un certain nombre et un certain type d’apprentissages.
Le troisième cerveau est le cortex cérébral, apanage des mammifères supérieurs –chez lesquels on trouve une écorce cérébrale peu développée (et différemment selon les espèces) et de l’être humain en particulier, chez qui il est plus développé et forme deux hémisphères complets.
Le cortex cérébral est spécialisé dans la pensée abstraite.
Dans ce cerveau-ci aussi, chacun des hémisphères fonctionne de manière différente : le droit s’occupe de la pensée globale, tandis que le gauche exerce une approche analytique.
Ici aussi, on entrevoit déjà comment l’attention portée au cortex cérébral et à la complémentarité de ses deux hémisphères va favoriser un certain nombre et un certain type d’apprentissages.
Ceci posé, on devine qu’une partie des activités menées avec les enfants (ou les adultes, d’ailleurs) visera à induire un climat de confiance par rapport aux apprentissages. Ainsi le cerveau reptilien perdra l’habitude de prendre les rênes en situation d’apprentissage. Dans ce but, on tentera de créer un climat de confiance affective créé, d’abord, par le respect de l’enfant et, ensuite, par le détachement par rapport aux sanctions scolaires telles que les évaluations sommatives et certificatives fournies par l’école (= points ou ersatz de points). De plus, on mettra en place des situations de dédramatisation par rapport aux apprentissages et aux blocages divers qui y sont liés et on jouera pour apprendre et en apprenant.
On devine également que la majorité des activités visera à favoriser une meilleure collaboration, d’une part entre le cerveau limbique et le cortex et, d’autre part, entre les hémisphères gauches et droits de chacun de ces cerveaux.
5.2. Vers une plus grande complémentarité entre conscient et inconscient
Je ne m’écarte pas des apprentissages, loin de là !
Et je n’entre pas non plus –dans ce contexte- dans une approche de type psychanalytique.
Mais il est important de garder en tête que le conscient n’œuvre jamais seul. Il est toujours supporté par l’inconscient qui, lui, ne dort jamais. Nier son action risque de nous faire passer à côté, non seulement, de blocages aux apprentissages, mais encore, mais surtout, à côté d’immenses ressources que porte en lui chaque être humain.
Il me paraît donc fondamental d’ouvrir la porte à ces ressources. D’abord parce qu’elles travailleront « positivement » en offrant à la personne de nouveaux chemins d’apprentissage. Ensuite, parce que, au passage, leur force pourra balayer quelques blocages aux apprentissages.
Dans la pratique, cette ouverture à l’inconscient se fera grâce à l’utilisation d’une dimension artistique et ludique. La méthode implique en effet, récits et création d’histoires métaphoriques (voir notamment mon livre « Des histoires pour apprendre ou une autre manière de communiquer », éd. Savoir pour Etre, 1992), dessins, petits poèmes et/ou autres formes d’expression, qui ne constituent pas une fin en soi mais participent d’un processus global.
L’aspect ludique, non seulement participe de l’apaisement du cerveau reptilien et de la stimulation du cerveau limbique, mais encore permet de faire (re)surgir de l’inconscient le message « les apprentissages sont sources de plaisir ». Et comme l’être humain recherche le plaisir, cela va contribuer à la mise en place du cercle vertueux évoqué plus haut.
Cette approche artistique et ludique va contribuer au développement du sens des apprentissages pour l’enfant. Non seulement grâce à leur sens extrinsèque (à quoi va servir pratiquement ce que j’apprends), mais encore, mais surtout, grâce à leur sens intrinsèque (que cela serve ou non à quelque chose de pratique, ce que j’apprends et ma manière de l’apprendre sont beaux, amusants, et sources de plaisir). Encore pour le cercle vertueux !
6. Conclusion
Comme suggéré dans le titre : oui, il est possible, facilement, de mieux jongler avec nos potentiels. Il est possible d’apprendre mieux, d’apprendre plus vite, d’y prendre plus de plaisir et de moins se fatiguer.
Un étudiant qui a l’habitude de lire plusieurs fois ses notes de cours, de recopier des passages à mémoriser, d’élaborer des résumés parcourus de soulignages multicolores, pourra arriver, la plupart du temps, après une seule lecture, à être à même de réussir un examen (de difficulté moyenne), par l’élaboration d’une carte mentale et l’application de quelques techniques de mobilisation de la mémoire.
Un enfant en difficulté scolaire, plutôt que de devoir passer plus d’heures assis sur sa chaise sans bouger pourra au contraire bouger et, au total, passer beaucoup moins de temps sur sa chaise pour un meilleur résultat. Non par magie, mais bien suite à un « saut par-dessus » les blocages et une meilleure utilisation de plusieurs facettes de ses potentialités.
Il est possible de bénéficier de la méthode, soit pour la remédiation aux difficultés d’apprentissage, soit pour une initiation à sa pratique, destinée particulièrement aux enseignants et formateurs.
Auteur : Marianne Gassel (textes protégés par la SCAM, société de gens de lettres, n° d'enregistrement 00 929 )
1 Comments:
Un petit schéma récapitulatif des fonctions des 5 cerveaux serait bienvenu… mais on ne peut pas tout avoir ! C’est déjà très intéressant comme ça :-)
Bonne continuation…
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